Dans deux arrêts récents, le Conseil d’État a estimé qu’interdire le voile islamique à l’école rencontrait le principe d’égalité et de fraternité et n’était donc pas discriminatoire. Quelques réactions:
- Pour Radouane Bouhlal, président du MRAX, “cette décision est idéologique, orientée et antidémocratique. Le Conseil d’État prend une position de fond, mais ne permet pas de débat contradictoire. (…) Il y a une chape de plomb sur ce dossier. Ni le ministre compétent, ni le parlement, ni les tribunaux ne veulent d’un débat serein sur cette question. Et dans les faits, il y a depuis 2004 une loi anti-foulard qui cache son nom en Belgique !” Le Mrax envisage de porter le dossier devant la Cour européenne des droits de l’homme, voire du Comité des droits de l’homme de l’ONU. Son conseil d’administration prendra position lors d’une réunion fixée le 22 avril.
- Du côté du ministre de l’Enseignement, Christian Dupont (PS), “on ne souhaite pas commenter une décision de justice. On fait confiance aux pouvoirs organisateurs pour prendre les règlements qu’ils jugent bons en fonction de la réalité locale et du projet d’établissement.”
- Pour Nadia Geerts (auteure de “L’école à l’épreuve du voile”, 2006) cette décision de justice est “excellente”, car “elle contre-argumente sur le terrain du Mrax, qui est la lutte contre les discriminations”. “C’est la discrimination contre la discrimination, dit-elle. L’interdiction a justement pour but de lutter contre les discriminations faites aux filles musulmanes tenues de porter le voile. L’école publique a pour mission de promouvoir la mixité. Mais la mixité, ce n’est pas seulement réunir garçons et filles. Il faut encore que cela se fasse de manière égalitaire. Il faut savoir que quand des écoles se sont mises à interdire le voile, c’est parce qu’il s’accompagnait du refus de participer à des voyages mixtes ou de se faire interroger seule dans une pièce avec un professeur masculin.” Nadia Geerts prône dès lors une interdiction généralisée, afin d’éviter les écoles-ghettos. Selon elle, c’est au ministre d’agir. “Mais le politique est lâche. Pour des raisons électoralistes, il n’a pas envie de se positionner.”
Source: “Le voile pourra être interdit à l’école”, LeSoir.be, 07/04/2009 et “Il est permis (et même opportun) d’interdire le voile à l’école”, LaLibre.be, 07/04/2009
