Polémique génitale autour de la nièce de Pierre Mauroy.
Brigitte Mauroy a plusieurs cordes à son arc. Elle est à la fois numéro 2 sur la liste de l’UMP à Lille, nièce de Pierre Mauroy, et urologue de renom. Ce dernier titre lui a valu de contribuer au Dictionnaire de la sexualité humaine, ouvrage collectif publié en 2004 aux éditions L’Esprit du temps. Tout irait bien pour Brigitte Mauroy si l’ouvrage n’était tombé entre les mains de Gérard Zwang, sexologue notoirement engagé contre l’excision. Révolté par le texte de l’urologue lilloise, Gérard Zwang s’est fendu d’une lettre, relayée par l’Association contre la mutilation des enfants.
Le sexologue a surtout réagi à ce que Brigitte Mauroy dit du capuchon du clitoris: “Ce repli, peu développé chez les Occidentales, est beaucoup plus long chez certaines Asiatiques ou Africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les Abyssines, notamment).” Le terme “circoncision” ne représente ici rien d’autre qu’une excision partielle, à laquelle Brigitte Mauroy semble donner une justification anatomique. Réponse de Gérard Zwang: “Le prépuce du clitoris des Abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques, en souffre d’aucune “hypertrophie ethnique”. (…) Cette fable d’anatomie-fiction sert d’excuse aux coupeuses de filles.”
Pour y voir plus clair, je contacte Philippe Brenot, l’éditeur du texte incriminé. Aucun état d’âme de ce côté: “Brigitte Mauroy est très compétente, il n’y a pas de polémique.” Je m’adresse ensuite à Brigitte Mauroy en personne… qui m’accueille par des tetatives d’intimidation: “J’ai confié ça à mon avocat et je ne laisserai pas cette attaque prospérer. Ce que je vous ai dit est juridiquement construit.” Juridiquement, peut-être, mais scientifiquement, c’est le néant.
Je me tourne alors vers un tiers, en l’occurrence le chirurgien-urologue Pierre Foldès. Référence de choix, puisqu’il a mis au point la technique de réparation du clitoris après une excision et a déjà opéré 2 500 femmes. Pierre Foldès m’apprend qu’aucune étude scientifique ne permet d’affirmer que les Asiatiques ou les Africaines ont un capuchon clitoridien plus long. Et quand bien même ce serait le cas, rien ne saurait justifier le raccourcissement dudit capuchon, contrairement à ce que prétend Brigitte Mauroy: “On n’a pas le droit de toucher quoi que ce soit au sexe féminin. Il est très important de rester sur ce principe, sinon les Africains peuvent s’engouffrer dans la plus petite justification.”
Par maladresse, ou en toute lucidité (son refus de répondre plaide plutôt pour la seconde hypothèse), Brigitte Mauroy se rend complice de mutilation sexuelle. C’est gênant pour quelqu’un qui risque d’être appelé aux affaires de santé en cas de victoire de la droite à Lille.
Antonio Fischetti, Charlie hebdo, 5 mars 2008